« J’ai montré l’exemple en demandant de la compréhension et de l’aide et j’ai bien fait ». Valérie Jimenez dirige une société de transport de 500 salariés. Ces dernières années, son mari et elle ont du faire face à la maladie de plusieurs proches et aux décès rapprochés de leurs mamans. « J’ai toujours été sensible au bien être de mes salariés mais mon expérience d’aidante a renforcé ma capacité d’empathie et de bienveillance. »

valerie_jimenez_articleParlez-nous de cette période difficile de votre vie professionnelle et personnelle ?
Cela a duré plusieurs années et nous avons tenu le coup avec le soutien de nos équipes. Dès le départ, nous avons souhaité communiquer en toute transparence sur ce que nous vivions et sur la difficulté de concilier le besoin d’être auprès de nos proches et la nécessité de continuer à bien faire tourner l’entreprise. Il n’était pas question de sacrifier l’un ou l’autre mais nous avions besoin de temps pour gérer notre situation familiale et donc beaucoup moins de disponibilité pour gérer les affaires. Nos équipes l’ont compris, elles se sont mobilisées et nous nous en sommes sortis grâce à eux.

Avez-vous des exemples concrets à nous donner ?
Il a fallu, à un moment donné, que je puisse dire à mes collaborateurs que je n’en pouvais plus… Je ne leur ai pas caché que j’étais vulnérable et ils ont su m’écouter et m’entourer. Mais, bien sûr, pour s’exposer comme je l’ai fait, il fallait leur faire confiance. Avec le recul, je peux dire que cela nous a tous fait grandir ! Cela a été bénéfique pour l’entreprise. Mon assistante à l’époque a dû monter rapidement en autonomie et compétences et une responsable d’exploitation est devenue directrice d’exploitation. Évidemment, j’ai fait attention de ne pas les envoyer à l’échec en les formant un minimum. En déléguant, j’ai pu me libérer du temps, pousser de nouvelles compétences et resserrer les liens entre collaborateurs.

Aujourd’hui, en quoi êtes-vous différente en tant que dirigeante ?
J’ai beaucoup appris de cette expérience. Je me suis enrichie socialement et j’ai développé une grande confiance en moi. Je suis très accessible et à l’écoute de mes salariés. Ce n’est pas possible de laisser ses problèmes à la porte de l’entreprise. J’en sais quelque chose ! Un salarié qui est émotionnellement ailleurs ne rend pas service à l’entreprise et il peut se mettre en danger. Je suis donc très compréhensive mais je sais être directe avec mes salariés quand je sens que c’est le moment pour eux de se ressaisir et de retrouver dans leur travail un lieu de satisfaction.

Avez-vous mis un dispositif en place dans votre entreprise ?
Je reste l’interlocuteur privilégié des salariés. Comme je manque de temps, nous faisons appel à un assistant social du CSIERESO (1). J’ai encore appelé hier une conductrice qui passe un moment difficile et que je ne veux pas perdre. C’est donc à moi de le lui dire pour la convaincre de prendre les choses en main. Nos salariés eux-mêmes sont sensibilisés et solidaires. Un conducteur récemment souhaitait donner ses jours de repos à un collègue atteint d’un cancer. Ce n’est pas juridiquement possible ; il aurait pu le faire envers un collègue en charge d’un enfant malade.

Quels conseils donneriez-vous à un autre dirigeant ?
C’est très difficile, s’il n’a pas été sensibilisé à cette problématique, de savoir comment l’appréhender. Si un dirigeant ne se sent pas du tout à l’aise sur ce terrain là, s’il a lui-même peur de la maladie, il est préférable qu’il s’appuie sur un collaborateur plus ouvert à cette problématique, qui peut bénéficier d’une formation à l’écoute par exemple, ou à une personne ressource externe à l’entreprise.

Propos recueillis par N. Cuvelier


(1) Le Centre Social Inter Entreprises Région Sud-Ouest intervient en entreprise afin de faciliter l’intégration et l’épanouissement des salariés dans leur activité professionnelle.

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