Anne, assistante sociale en entreprise

« J’interviens en entreprise auprès des salariés dans les aspects de leur vie personnelle et professionnelle mais aussi auprès des employeurs, pour les aider à mieux gérer des situations de collaborateurs compliquées. » Assistante sociale au CSIERESO*, Anne Bozonnet et ses collègues voit monter la problématique des salariés aidants, notamment ceux qui accompagnent des parents en perte d’autonomie. « Ce sont des salariés aidants souvent démunis et épuisés qui viennent nous voir. »

JD, Jdette, retiens de cet entretien les points ci-contre…

  • Le rôle d’aidant au quotidien est chronophage et énergivore, ce qui explique l’épuisement progressif du salarié aidant ;
  • Bien évaluer les besoins du salarié et l’aider, si l’entreprise peut contribuer à certaines solutions, à les exprimer à son employeur ou manager de proximité, c’est un des jobs de l’assistante sociale ;
  • La sensibilisation des managers de proximité à cette problématique qui monte en entreprise est une mesure à portée de toute entreprise, quelle que soit sa taille.

anne_bonzonnet-1Que recherchent les salariés aidants qui se confient à vous sur leur lieu de travail ?

Ils recherchent avant tout quelqu’un qui va les écouter en toute confidentialité, leur permettre d’exprimer leurs difficultés, de se lâcher, de craquer s’il le faut. Le besoin principal exprimé, c’est d’avoir une personne qui les soutient dans la recherche d’aides adaptées à leurs besoins et à même de les soulager dans leur rôle d’aidant. S’ils ont entendu parler de certains dispositifs, ils ne savent pas forcément comment les mettre en place et souvent ils n’en ont pas l’énergie. Le rôle d’aidant au quotidien est chronophage et énergivore.

Pouvez-vous donner des exemples de contraintes d’un salarié aidant ?

C’est par exemple un salarié qui, à l’heure du déjeuner, va devoir retourner chez lui ou au domicile de son proche pour s’assurer que tout va bien ou l’aider dans une tâche de la vie courante ; c’est un salarié qui va partir tôt pour pouvoir accompagner son proche à un rendez-vous médical ; c’est un salarié qui va arriver en retard parce que son conjoint n’allait pas bien… Les salariés aidants culpabilisent de ne pas être plus disponibles pour leur proche et ils ont un sentiment d’insatisfaction d’être à moitié dans leur travail. Ce qui leur pèse, c’est de ne pas avoir de temps pour prendre du recul.

Que leur apportez-vous ?

Une écoute, une expertise puisque nous sommes au fait de l’ensemble des dispositifs possibles et une aide à la prise de recul. Mais le plus essentiel, c’est l’évaluation des besoins du salarié aidant, à titre personnel et professionnel car je suis bien à l’intersection entre ces deux sphères. Une fois cette évaluation faite, j’informe, je conseille, j’oriente le salarié aidant vers les dispositifs ou les aides financières les plus adaptés à ses besoins. Je peux aussi l’accompagner dans ses démarches.

Comment faites-vous le lien entre le salarié et l’employeur ?

Dans les solutions à même de soulager le salarié aidant, certaines relèvent de l’entreprise. Dans ce cas là, il faut en premier lieu que le salarié ou moi-même à sa demande, nous informions son employeur ou son manager de proximité de sa situation. En tant qu’assistante sociale, je sais exposer la problématique, expliquer pourquoi un salarié est régulièrement en retard, distrait ou irritable et inciter l’entreprise à prendre en compte ce qu’il vit en dehors. J’ai donc un rôle de médiation, au carrefour entre l’intérêt du salarié et celui de l’employeur. Si j’évalue qu’un aidant est proche du burn out, j’ai une légitimité à aller expliquer pourquoi un arrêt de travail est préférable à un risque d’incident sur le lieu de travail en raison de l’épuisement du salarié. Mais cela toujours avec l’accord du salarié.

Donnez-nous des exemples de solutions mises en place au sein de l’entreprise ?

Évidemment le recours à un service comme le nôtre est déjà une première possibilité, qui est plus courant dans de grandes entreprises mais qui est aussi accessible à des petites et moyennes entreprises sous des formes variées et adaptées à la taille de ces dernières sur le plan local et national**. Ensuite, il faut distinguer des solutions comme les congés de droit commun, spécifiques aux aidants, ouverts à tous les salariés qui en respectent les conditions, et les solutions qui dépendent d’accords internes de l’entreprise. J’interviens dans une entreprise de 2000 salariés qui a mis en place 10 jours de congés supplémentaires pour ses salariés aidants. Cela peut-être l’aménagement temporaire des horaires de travail du salarié aidant ou un quota de journées de télétravail. Bien sûr, les solutions possibles sont conditionnées par le type d’activité de l’entreprise et la nature du poste du salarié aidant. Des entreprises proposent aussi des aides financières ponctuelles via le budget social de leur CE.

Pouvez-vous nous citer des mesure à la portée de toute entreprise, au service des salariés aidants ? 

Je pense que toute entreprise peut avoir une action de communication pour informer l’ensemble de ses personnels sur cette problématique du salarié aidant. La sensibilisation des managers de proximité me semble aussi nécessaire. On ne peut pas leur demander de gérer des situations qu’ils ne connaissent pas. Enfin, Le recours à un service social d’entreprise ponctuel ou mutualisé est plus accessible en terme de budget.

Propos recueillis par N.Cuvelier


* Le CSIERESO est membre du RESSIF, GIE regroupant des services sociaux identiques implantés dans toutes les régions.

**Le RESSIF GIE dispose d’un centre d’appel national (numéro unique et disponibilité 6j/7 qui peut s’appuyer sur une intervention de proximité en région).

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